Un mot d'histoire

Le lycée français Saint-Exupéry

On ne peut parler de l’histoire du lycée français Saint Exupéry sans aborder l’histoire de Brazzaville, ancienne capitale de la France Libre dans laquelle les programmes pédagogiques étaient dispensés par le biais des institutions religieuses telles que Javouhey, Chaminade ou le lycée Savorgnan de Brazza, institution laïque.

 

Au moment de l’Indépendance, la première République du CONGO (1960-1963)  institue un régime libéral largement inspiré du modèle français ; l’indépendance étant  acquise sous un régime de la communauté.

 

En 1963, pendant la deuxième République (1963-1968) dirigée par le président Alphonse Massamba-Débat, l’état prône une  pédagogie fondée sur les programmes du Socialisme Scientifique. L’Eglise est rapidement dépossédée de ses biens immobiliers et de sa charge d’éducation des jeunes. Il faut trouver une alternative pour les élèves non concernés par le programme congolais : des cours du Centre National d’Enseignement à Distance sont alors dispensés à de petits groupes d’enfants.

 

En 1968, la troisième République, dirigée par le Président MARIEN NGOUABI accepte l’idée de créer une école proposant les programmes français mais, à la seule condition que l’accès soit interdit aux élèves de nationalité congolaise.  Ces derniers, ont l’obligation de suivre l’idéologie du Marxisme Léninisme prônée à l’époque par les programmes nationaux. Il faut donc improviser des cours en attendant la construction des bâtiments scolaires nécessaires pour accueillir les enfants français et les enfants étrangers.

 

Au lycée Savorgnan de Brazza le gouvernement français crée une classe dans chaque niveau où les élèves étrangers peuvent suivre les programmes français. Les cours sont dispensés par des coopérants et des volontaires au service national (VSN).

 

En 1974, l’école française Saint-Exupéry prend le relais et construit les premiers bâtiments dédiés à l’accueil des primaires. Un premier site avait été suggéré sur le terrain de l’ancienne radio de Brazzaville (actuellement en face de l’hôtel l’Hippocampe). Mais finalement le lycée français s’implante dans la partie sud de la ville de Brazzaville, en bordure du quartier Bacongo.  Un premier bâtiment (actuel bâtiment administratif) est  rapidement construit. L’école maternelle,  est implantée sur un autre terrain loué, à proximité de l’école (derrière l’Imprimerie Nationale).

Les épreuves des examens du BAC  et du BEPC se déroulent à Saint-Exupéry au rez de chaussée du bâtiment B. Pour préparer ces examens, les élèves viennent le soir de 18 heures à 20 heures étudier certaines matières.

 

Les deux autres bâtiments, perpendiculaires au premier, sont construits par l’entreprise FORNERO.

L’établissement a longtemps fonctionné avec ses installations originelles tout en occupant des annexes du terrain dédiées aux activités sportives.

En 1983-1984 Le terrain de basket et de tennis est couvert par une halle ouverte. L’ancienne salle polyvalente se transforme alors pour devenir la salle actuelle de psychomotricité.

 

En 1986, une école maternelle  » les Aiglons  » est construite sur un terrain de l’Ambassade de France, situé en centre-ville (face à l’ancien Méridien). L’objectif est de proposer un meilleur accueil, en disposant d’un site plus grand, dédié aux Tout- Petits.

Le développement de l’Ecole s’inscrit dans le mouvement d’expansion de la ville.

L’interdiction d’accès aux programmes français  est levée en 1992. Elle permet  aux élèves de nationalité congolaise d’intégrer le lycée Saint-Exupéry et de suivre un cursus dans le système pédagogique français.

 

En 1992-93, Brazzaville connaît les premiers heurts politiques. L’année scolaire est fortement perturbée. Les cours sont délocalisés dans  les quartiers les plus excentrés de la ville et sont encadrés par des parents et des enseignants.

La recrudescence des tensions en Novembre 1993 interdit la réouverture du Lycée après les vacances de la Toussaint. Dix sites  sont mis à la disposition de l’école par des particuliers, des entreprises, l’Université et même l’Evêché. Les cours sont assurés pendant un mois. En décembre1993, il est nécessaire de regrouper tous les élèves. Un formidable engagement des parents et des enseignants permet d’implanter en 15 jours, 29 salles de classe en dur ou sous toile de tente pour assurer la rentrée du 4 janvier 1994. En quelques heures, le mobilier et le matériel pédagogique sont déménagés et les salles investies par 545 élèves.

Plus des 2/3 des élèves sont restés inscrits malgré tous ces déboires. Pour la communauté française et même au delà, le fait que l’établissement reste ouvert malgré tout constitue un îlot de stabilité, un point de repère.

A la rentrée suivante,  le lycée reprend vie dans ses locaux d’origine, mais sans imaginer que le 5 juin 1996, les élèves ne pourraient plus accéder à  leur école, et devraient quitter la ville  sous les bombardements intensifs.

A une ou deux semaines des examens du BAC et du BEPC, l’enjeu est crucial pour les élèves de terminale et de 3ème. Alors, en plein bombardement, l’armée française guidée par Madame RAGOT, récupère tous les livrets scolaires des élèves afin de les mettre en sécurité à l’Ambassade de France et de permettre à tous les élèves de passer leurs examens en France et de continuer leur cursus.

L’école est fermée. Elle sert de base de logement provisoire pour les français qui désirent revenir pour constater les dégâts subis dans leurs entreprises ou sauver quelques affaires dans leurs maisons dévastées. Les bâtiments du  Lycée ont subi quelques dégâts, touchés par des tirs de balles ou de rockets. Par contre, le site « les Aiglons » est entièrement détruit. Cette structure ne sera  jamais  ré ouverte faute de moyens pour reconstruire les bâtiments endommagés et le pôle maternel est redirigé vers le site principal de Bacongo.

 

En septembre 1998, des efforts considérables sont déployés par les parents d’élèves pour convaincre l’AEFE de relancer le lycée Saint-Exupéry. Malheureusement, l’école ouvre ses portes pendant seulement 2 mois et demi. Le 18 décembre 1998, Brazzaville est, à nouveau, ensevelie sous les tirs d’armes lourdes. Dans une ville coupée par une ligne de front, les élèves sont rendus à leurs parents qui s’organisent pour envoyer leurs enfants en France, ou les inscrivent au CNED à la maison.

En septembre 2000, toujours du fait de l’engagement volontaire d’un petit nombre de parents d’élèves, le lycée ouvre à nouveau ses classes en regroupant les maternelles, le primaire et en  proposant parfois des classes à deux voire trois niveaux. A ce moment crucial de la survie de l’école et pour prouver à l’AEFE la viabilité du lycée, il faut compter sur des âmes volontaires, soucieuses du devenir des enfants, pour relever un tel défi. Les programmes du secondaire sont dispensés par le CNED et animés par des professeurs enjoués et volontaires. L’enseignement direct est rétabli à partir de 2005.

 

Après la guerre, avec l’appui de l’Etat Français, la conjugaison de la volonté, du travail, des parents installés à Brazzaville et l’engouement d’un corps enseignant volontaire et déterminé, le lycée poursuit son évolution en accueillant chaque année davantage d’élèves. Notre lycée français au CONGO Brazzaville rassemble des élèves de plus d’une vingtaine de nationalités différentes et s’enorgueillit de cette diversité culturelle.

Voir évoluer toutes ces petites frimousses parfois durant deux générations, nous permet de croire en de nouveaux projets comme  l’extension et la restructuration programmée de cette école. Tendre vers une pédagogie moderne motive les parents d’élèves à porter inlassablement le développement de cette école et à surmonter  les écueils et les tragédies de l’Histoire d’un pays auquel nous sommes profondément attachés.